Centrafrique : Les clignotants économiques et sociaux bilan 2013

By Magloire LAMINE

Les finances publiques en République Centrafricaine ont toujours été dans le rouge depuis 1960.

Une constante se caractérisant par une trésorerie structurellement déficitaire, une capacité d’investissement très faible, une forte dépendance à l’aide budgétaire extérieure, estimée au tiers des recettes, une chronique mauvaise gouvernance et des difficultés à assurer le service de la dette.

LES CONSTATS EN CHIFFRES

Le redémarrage économique observé depuis 2004, avec en 2012 un taux de croissance de 3,9 % vire au désastre pour 2013 en régression à -14,5 %.

L’investissement intérieur brut en RCA est faible, en moyenne à 12% du PIB.

Les investissements directs étrangers étaient en 2011 de 72 millions de $, en 2012 chutant à 60 millions et à zéro pour 2013.

Le structurel déséquilibre de la balance commerciale :

Globalement, la Centrafrique importe 2 fois plus qu’elle n’exporte, en exemple ces chiffres de 2012.

Exportations : 187 millions de $.

Importations : 285 millions de $.

Répartition du PIB par secteur d’activité :

Primaire 53,2 %

Secondaire 13,1 %

Tertiaire 33,7 %

– Le produit intérieur brut (PIB ) a été en 2012 de 2,17 Milliards de $, soit 446 $/an par habitant, soit 1,23 $ par jour, ce qui frise le seuil de pauvreté.

Et en 2012, 67% des centrafricains vivaient en dessous du seuil de pauvreté, contre 80% maintenant pour cette année 2013.

  • Taux de croissance pour 2013: – 18 % Taux d’inflation pour 2013 : 9 %
  • Solde budgétaire total pour 2013 : – 6,4 % du PIB qui lui chute à – 21%Balance commerciale en 2012 : – 882 millions de $, en 2013 elle sera de – 1,2 milliard de $.

Echanges commerciaux

Il importe de s’ôter de la tête certaines idées reçues.

La France n’est pas le principal partenaire commercial de la RCA, ni en Input, ni en output.

Les relations commerciales avec ce pays sont même négligeables.

Le commerce bilatéral entre la France et la Centrafrique en 2012 ne constituait que 1,4% de part de marché des échanges de la France en Afrique centrale.

Exportations de la France vers la RCA, 2012 : 50,3 M€

Importations françaises depuis la RCA, 2012 : 10,1 M€

Enfin, le niveau des échanges entre les deux pays depuis des années ne cesse de baisser, – 11% en 2012 par rapport à 2011.

Un désengagement commercial sensible de la France, amorcé depuis le milieu des années 90.

Par ailleurs, à l’inverse d’un pays comme le Mali, l’apport économique de la communauté centrafricaine en France qui selon les chiffres du ministère de l’intérieur français s’élève à 6 613 ressortissants centrafricains est quasiment négligeable en soutien et investissements financiers vers la terre natale.

Les partenaires exports de la RCA sont (chiffres de 2011):

1) La Belgique pour 27%

  • 2) La Chine pour 19%
  • 3) Le Maroc pour 16%
  • 4) Le Congo Démocratique pour 8%
  • 5) La France pour 5%
  • 6) L’Indonésie pour 4%

Les partenaires imports de la RCA sont (chiffres de 2011):

1) Les Pays Bas pour 28%

  • 2) La France pour 12%
  • 3) Le Maroc pour 16%
  • 4) Le Cameroun pour 13%
  • 5) La Chine pour 5%

En Volume :

Les exportations de la RCA en 2012 ont été de 180 millions de $

Les importations furent de 413 millions de $

Balance des comptes courants: – 233.2 millions de $

Source : CIA World Factbook

LA DETTE EXTERIEURE

La dette extérieure publique de la République centrafricaine était estimée en 2009 à la somme record de 1 050 millions de dollars (source : rapports FMI et AID).

Depuis, par le jeu du réaménagement de la dette et des annulations, elle est tombée à 385 millions de dollars en 2010.

La RCA a bénéficié d’annulations de dettes importantes après avoir atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE en juin 2009 avec une réduction de 578,3 millions de $.

Une baisse donc due à une réduction de l’ardoise et non à une performance économique et financière.

La dette pour fin 2013 est estimée à 450 millions de $.

Le Cas de la France

La France, dont l’encours était de 38 M€ environ, a annulé la totalité de cette dette.

Cependant, cette décision fut faite suite au feu vert donné par le FMI et la Banque mondiale, et non par acte désintéressé.

En plus cet allègement de la dette centrafricaine profite directement au gouvernement français, qui depuis 1970 ne tient pas sa promesse d’affecter 0,7% de son RNB (revenu national brut) à l’aide publique au développement (APD).

En effet, les 38 millions d’euros ( 25 milliards de FCFA ) annulés seront inscrits dans l’APD comme une aide aux pays sous développés, un tour de passe passe comptable, comme un jeu de bonneteau qui fait que l’opération ne coûte rien à la France, et en sorte qu’elle n’aura pas injecté un sou dans les structures d’aide au développement.

Une pratique toujours en cours expliquant pourquoi la France n’a quasiment pas déboursé un centime en soutien au Trésor centrafricain comme les américains et les britanniques le lui suggérèrent.

Les incertitudes financières depuis la chute du régime de François Bozizé

Les efforts notables du précédent gouvernement en matière de gestion des finances publiques ont été stoppés net avec l’invasion de la Séléka.

Ruinée l’amélioration des rentrées des recettes fiscales, qui augementèrent même entre 2008 et 2012 , grâce à des audits réguliers des grandes entreprises, à l’introduction des numéros d’identification fiscale, d’un système intégré pour les services des douanes et des impôts, de la réduction des subventions dans le secteur pétrolier.

Les efforts déployés en matière de finances publiques permirent de conclure en juin 2012 un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et de renouer avec la Banque africaine de développement (BAD) et avec la Banque mondiale dont les appuis budgétaires étaient suspendus depuis fin 2010.

Tous ces améliorations de la chose publique se soldèrent par un taux de croissance de 4,1% en 2011puis de 3.1 % en 2012.

L’environnement des affaires s’était légèrement amélioré du fait de la mise en place d’un Cadre permanent de concertation entre le Gouvernement et le secteur privé (CPC) en 2006, de la création et l’opérationnalisation en 2008 du Guichet Unique de formalité des entreprises, et de la réduction de la durée des formalités administratives de création

d’entreprise de 4 mois à 15 jours.

Un effort important, même si le standard actuel en Occident en matière de création d’entreprise est de 36 heures, voire de 24 heures aux USA.

L’économie centrafricaine avait connu une poussée de reprise entre 2003 et 2008, en passant d’un taux négatif de croissance de -4,6% à 4,2%, le tout dans la mise en œuvre de réformes dans les secteurs clés, et en dépit du faible niveau de l’investissement public, le niveau global de l’investissement avait augmenté, essentiellement par l’investissement privé dans les secteurs des mines, des forêts et des transports.

L’investissement étranger de même avait progressé tout comme la consommation privée avec le paiement régulier des salaires.

Les promesses économiques pour 2013 et 2014 s’annoncèrent positives. Depuis, la Séléka est passée par là pour ruiner toutes les perspectives.

Dés lors, détériorations et incertitudes suite aux attaques rebelles de décembre 2012.

LA DETTE INTERIEURE

La dette publique intérieure intègre les arriérés de salaires et de pensions, la dette envers les fournisseurs accumulée essentiellement durant la période des conflits 1998-2003, et jusqu’à ce jour non soldée.

A y ajouter les retards accumulés depuis à toutes les échelles et étant régulièrement cause de pression sociale.

Les retards de paiement des pensions des retraités datant de 2010, les retards des paiements des vacations des enseignants remontant à une date proche, etc….

Et s’y est ajoute la dette envers les banques commerciales représentant déjà en 2008, 22% du PIB.

Plus factuellement, la dette aux banques en 2013 s’élève à 28 milliards de F CFA.

ANALYSE

La RCA connaît des problèmes budgétaires chroniques à cause de la faiblesse des recettes fiscales (11% du PIB en 2011), du niveau de l’aide publique au développement et du désert industriel.

La crise sécuritaire n’aide pas.

Le FMI par exemple attend le rétablissement de la sécurité dans le pays pour y reprendre ses activités.

De même pour la Banque Mondiale, même si timidement, elle a consenti récemment à aller sur place pour une faire une expertise des états des lieux.

Mais à parier que les mécaniques ne se réenclencheront pas de sitôt. La sécurité n’étant toujours pas au rendez-vous.

Le seul et fidèle partenaire reste l’UE l’Union Européenne.

L’Union européenne est le partenaire essentiel de la République centrafricaine, et de loin son principal bailleur de fonds.

Les relations entre l’institution et le pays sont régies par l’accord de Cotonou.

L’UE en RCA est engagée dans de nombreux domaines essentiels, dans le cadre d’un programme global de renforcement de l’État et de consolidation de la paix, et à contribuer à asseoir la stabilité du pays.

Les événements de décembre 2012 et mars 2013 ne l’ont pas poussé à suspendre son aide au développement.

Entre 2008 et 2013, environ 225 millions d’euros ont été consacrés au pays par l’intermédiaire de ses divers instruments financiers.

Les impondérables incontournables

En raisonnant comme un boutiquier, on peut résumer simplement les choses en Recettes et dépenses.

La Centrafrique dépense plus d’argent qu’elle n’en rentre.

RESSOURCES PROPRES THEORIQUES: 124.394.400.000 F CFA

BESOIN DE FINANCEMENT : 21.692.000.000 F CFA

Les mensonges et les tripatouillages d’Albert Besse le précédent ministre des Finances et du budget lors de la présentation du Budget 2013 en novembre 2012 devant les représentants de la nation.

Il arrêtait un Budget en ressources totales à 260 981 085 F CFA, et en charges totales à 262 734 627 F CFA, annonçant un léger déficit de 0,15%, autant dire qu’il présentait un Budget en équilibre.

L’astuce de Mr Besse consistait à alléger les charges de l’essentiel, les dépenses sociales et sanitaires pourtant vitales, et de même en comptabilisant les éventuelles et hasardeuses aides des partenaires au développement.

C’était aussi oublier que par deux fois, les salaires des fonctionnaires pourtant bien maigres furent réduits.

En Janvier 2007, par tranches de salaires, les traitements des fonctionnaires furent réduits dans une fourchette de 20 à 28%.

Rebelotte en janvier 2012 dans une parenthèse de 15 à 25%.

Ce qui en calcul financier, fait une perte de revenus pour les fonctionnaires d’environ 32% depuis 2007.

Néanmoins, reprenant les chiffres du ministre ministre Christophe Mbré-Maïdou, la masse salariale se chiffre à 4,5 milliards par mois pour les fonctionnaires et agents de l’Etat, et 1,5 milliards de trimestre pour les pensions des fonctionnaires retraités.

En sachant que la masse salariale des fonctionnaires et des pensions représente 50% du budget de l’Etat.

La Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), une usine à gaz.

Le 4 novembre dernier, son Vice Gouverneur, Mr Tahir Guilid était à Bangui pour se réjouir avec optimiste de l’avenir de la croissance économique de la République Centrafricaine. Cela juste parce que sa banque avait baissé son taux directeur accordé aux Etats membres de la Communauté Economique de l’Afrique Centrale (CEMAC) de 3,5%.

C’est simplement négliger le fait que la BEAC, par la mécanique perverse du F CFA n’est une banque centrale qu’en apparence. Les décisions finales dans les 2 zones CFA relèvent du TRESOR Français.

Ce qui fait de la baisse du taux directeur de la BEAC une simple distraction sans réelle portée, car l’impact et sur la monnaie et sur le dynamisme économique des investissements est nul !

Plus efficient fut l’action du directeur de Cabinet du ministère des Finances et du Budget, M. Bertin Rufin, exhortant le 24 septembre au cours d’un atelier, les cadres et responsables des services concernés, à fournir des informations financières exhaustives et crédibles en vue d’assainir la gestion des finances publiques et par concomitance, à contribuer à l’écriture de la comptabilité nationale.

En plus simple, à fournir des éléments statistiques crédibles.

Car à l’heure actuelle, le ministère des finances en Centrafrique est incapable de fournir des informations sur l’état des finances et comptables de la Nation.

Les livres de la comptabilité nationale se limitent actuellement au basique entrées/Sorties.

Contexte social

La crise économico-sociale en Centrafrique ne date pas d’aujourd’hui.

En 2003 déjà, reprenant les chiffres du PNUD le Programme des Nations unies pour le développement, environ 67,2% de la population vivait déjà en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1$ par jour.

En 2013 c’est 80% des centrafricains qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Dans le détail, la paupérisation touche 92% de la population en zones rurales et 60% en zones urbaines.

En conséquence, un fort taux de chômage jamais évalué, mais que nous avons su apprécier.

Le taux de chômage à Bangui tourne autour de 30%, un chiffre record, et atteint des sommets en province avec des chiffres frisant les 50%.

Dans le lot, c’est 70% des moins de 25 ans qui sont sans emploi ou dans comme on dit, de la débrouillardise.

Car les moyennes statistiques sont toujours trompeuses, cachant d’importantes disparités, avec une pauvreté particulièrement répandue en milieu rural.

Pour cela que nous avons évité d’aborder le problème de l’inflation, car les chiffres de synthèses publiés par la Banque mondiale et le FMI ne peuvent pas être parlantes.

Tout ce que nous pûmes intégrer fut de faire une moyenne des disparités.

Entre une inflation de 47% à Obo, de 35% à Kaga Bandoro, de 17% à Bangui, etc…

Par calculs économétriques, nous en sommes arrivés à une approximation du chiffre de l’inflation en RCA pour 2013 aux alentours de 19%.

C’est avec ce mode de calcul que dès mars 2013, nous estimions la chute du PIB en RCA à – 21%.

Chiffre que depuis, la Banque Mondiale et le FMI ont repris pour officialiser.

L’analyse participative de la pauvreté

5 facteurs essentiels causent la pauvreté :

  • Le faible niveau de la gouvernance du pays et les abus des autorités publiques
  • L’insécurité et l’absence de la paix consécutives aux récents conflits
  • Le banditisme et la corruption au niveau des contrôles routiers
  • Les ressources publiques limitées obérant toute espèce de politiques en matière de santé et d’éducation.
  • La dégradation de l’ensemble des indicateurs sociaux, ce qui rend déjà l’horizon 2014 improbable.

EVOLUTIONS STRUCTURELLES, SECTORIELLES ET DEFIS

Eviter les miroirs aux alouettes….

CEMAC, CEEAC deux structures anachroniques qui se chevauchent pour faire la même chose, et qui, l’une comme l’autre sont déficitaires.

Le même constat peut s’extrapoler à l’Union Africaine, vivant sous perfusion de l’Union Européenne.

Oublier aussi les fantasmes sur le concours de la France, qui pourtant ne cesse de dire qu’elle ne fera rien pour la RCA.

Dès lors, que faire pour s’en sortir ?

  • Disposer d’un cadre de sérénité
  • Le retour à la paix civile avec une sécurité garantie, est dans la hiérarchie des priorités, la priorité des priorités.

Car derrière, c’est l’évocation de certaines questions transversales telles que la démocratie, la bonne gouvernance, les droits de l’homme, les droits des enfants et des populations indigènes, l’égalité entre les sexes, la préservation de l’envirronnement à long terme ainsi que la lutte contre le HIV/SIDA dont le niveau de prévalence en RCA est l’un des plus élevés de la planète.

Et la focalisation sur des prochaines élections sonne comme une mise des charrues avant les boeufs.

Car qu’est-ce qui prouve que Février 2015 sera plus calme que Novembre 2013 ?

D’autant plus que dans un pays fragilisé, morcelé, et déjà commorisé, comment dans un délai aussi court mettre en place une sérieuse carte électorale avec 80% de la population en état de précarité avancée ?

N’est-ce pas là encore reculer pour plus mal sauter ?

L’éradication des Séléka doit être une priorité de l’instant.

On tombe quand on oublie rien qu’une marche d’une échelle.

Malheureusement, avec un pays ayant perdu son autonomie de nation et ses pouvoirs régaliens depuis 1979, la solution n’est plus centrafricaine mais devant venir de l’extérieur.

La MISCA depuis 4 mois reste une vue de l’esprit parce que :

1) il y a absence d’intérêt de la communauté internationale, et

2) Les instances sous-régionales et africaines ne disposent pas des moyens adéquats.

Argent et moyens, les nerfs de la guerre ne sont pas accessibles.

Car humainement, les hommes sont là. Entre la Police et la Gendarmerie centrafricaine, c’est un réservoir de 7,000 hommes disponibles.

En chiffrant les besoins pour cela, il ne faut que 50 millions d’euros.

Pourtant, si 10 pays africains les plus proches donnaient chacun 5 millions d’euros, le problème de la sécurité en RCA serait résolu en moins de 2 mois.

Car si ce verrou est sauté, un nouveau paradigme sera possible.

Cela fera l’objet d’une analyse prochaine.

 

Magloire LAMINE

Observatoire Centrafricain, Economique et Social

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