LES ILLUSOIRES IDÉES DE DÉVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE

Published by Magloire LamineMarch 27, 2015

Par Magloire LAMINE

Consultant récemment le site du “Think Tank” de l’ancien sécrétaire général de l’Onu Kofi Annan, “Africa Progress Panel”, nous avions pu y lire ceci :
En résumé, “les pays africains ont besoin d’espace politique pour pouvoir adopter des politiques industrielles, sans prendre en compte les conditions imposées par les pays riches. Ces derniers imposent des conditions politiques, diplomatiques et commerciales freinant l’émergence de l‘Afrique.”
Concluant la préconisation de “la remise en cause des accords de l’Organisation Mondial du Commerce, des traités d’investissements bilatéraux, des Accords de Partenariats Economiques (APE) de l’Union Européenne ainsi que des dispositifs douaniers et commerciaux assouplis pour permettre le développement économique des états africains.”

Ce constat brutal et fort réaliste place des mots sur les chiffres toujours très positifs, divulgués par les organismes d’analyse économiques occidentaux, argumentant constamment sur une croissance continentale toujours en hausse, variant entre 5 à 7%.
Cela, pour un objectif final, pouvoir étendre les espaces de consommation.
D’arguer même sur la reprise économique en Afrique, nonobstant le ralentissement de l’économie mondiale.

Mais en Afrique, qui donc voit concrètement les retombées de cette croissance économique tant vantée ?
Globalement, les africains restent toujours pauvres, sous éduqués, sous alimentés, et manquant toujours de l’essentiel.

Ce qui amène à s’interroger sur la nature des critères considérés pour bâtir les chiffres d’analyse.

Si l’on se fie aux organisateurs du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, tout va bien sur le continent africain.
« L’Afrique est déjà la deuxième économie à plus forte croissance au monde après être arrivée à un taux de croissance de cinq pour cent par an ces deux dernières années, ce qui est bien au-dessus de la moyenne mondiale… et il est prévu que le PIB du continent atteigne un taux de croissance de 5,3% cette année », disaient-ils.

Or, ce qui est pris en compte, ce sont pour l’essentiel les chiffres des importations et des exportations des économies africaines avec l’Occident. Et pas ce qui devrait en être le premier, l’estimation du “bien être individuel”.
Comprendre les retombées en termes d’éducation, de santé, d’infrastructures, notamment dans les provinces des pays.

Des chiffres bruts sans les hommes derrière, cela ne veut rien dire.

Spéculer sur l’essor économique de l’Afrique avec des chiffrages fallacieux est purement illusoire.
Pour cela que nombre d’intellectuels africains appellent dorénavant à la mutualisation des forces pour une vision africaine de l’Afrique, et non l’acceptation sans analyse de celle fournie par les occidentaux.
La commission économique de l’ONU pour l’Afrique va également dans ce sens.

Proposant “d’investir dans le capital humain et dans l’infrastructure matérielle essentielle pour promouvoir l’innovation et le transfert de technologie, en vue d’une plus forte valeur ajoutée.
L’industrialisation et la transformation structurelle permettraient de relever le défi du changement climatique et de la hausse démographique.
Mener une révolution verte dans l’agriculture peut permettre un développement durable et pérenne de l’agriculture, tout en mobilisant des financements en faveur du développement auprès de sources intérieures et extérieures.”

Nkosazana Dlamini Zuma lors de sa nomination à la tête de l’Union Africaine s’était engagée à mettre en place une zone de libre-échange économique sur le continent.
Ce qui impliquerait plus de 525 millions d’habitants pour un montant de 1.000 milliards de Dollars US.
Ceci depuis n’est resté que projet dans les cartons. Car en butte à des résistances politiques fortes des dirigeants africains eux-mêmes.

LE MAL AFRICAIN

L’enrichissement économique du continent ne profite pas aux africains, mais à une élite d’usurpation.

L’Afrique possède tous les atouts pour se développer durablement.
Et les béates idées de transfert de technologies, comme possibles moyens de développement, ne sont que manières inavouées de perpétuer la dépendance encore de l’Afrique à l’Occident.

Celui qui ne crée pas de lui-même, mais n’use que des créations d’autrui, restera toujours dépendant de cet autrui.

L’Afrique se doit d’inventer son propre paradigme, et non encore de se plier aux diktats des ailleurs.

Car il en va du développement durable, de l’industrialisation à grande échelle, de la transformation structurelle pérenne, par la mobilisation de sources et des richesses intérieures et non exogènes.
Tout cela est possible, l’Afrique peut être complètement autonome et auto-suffisante, si les blocages politiques ne s’y opposent pas.
Les excédents de ressources financières dont disposent certains pays du continent ne vont pas dans le financement des projets et des stratégies de développements à long terme, ou vers des marchés financiers intégrés régionalement, mais détournés par la gangrène des pouvoirs corrompus.

Et les implications entraîne les instabilités sociales et sécuritaires.
Comme on dit : “Tout le monde veut bouffer”. Ce qui suscite des vocations de rébellion pour la prise de pouvoir, cette sorte de mât de cocagne pour s’enrichir rapidement et en toute impunité.
Habitude si prégnante que par exemple en Centrafrique, la présidente pourtant de transition, ne put résister à la tentation “naturelle” de détourner partie d’un don étranger à son profit.
Et ne jugeant pas utile de s’en justifier, traitant même par le mépris tout questionneur d’un peu trop près à propos.
Le temps a passé, tout le monde oublie.
La mémoire est toujours très courte en Afrique, car très volatile.

Marcus Boni Teiga, ancien directeur de l’hebdomadaire “Le Bénin Aujourd’hui”, qualifiait les pays africains de «receveurs universels».
L’Afrique n’est qu’un marché de consommateurs écrivait-il.

“Depuis la fin de la colonisation, presque tous les pays africains ont été dirigés par une élite sans vision politique à moyen ou long terme. Cette élite, qui s’est substituée aux anciens colonisateurs, a été incapable d’ambition et s’est davantage préoccupée d’elle-même que des peuples dont elle prétend défendre les intérêts. Résultat : le système colonial a été purement et simplement perpétué sous une autre forme dans les domaines politique, économique et culturel au fil des années. A cela, il faut ajouter l’insécurité de l’environnement économique qui ne favorise pas les investissements, et le règne de l’informel.
L’indépendance est donc devenue une véritable dépendance vis-à-vis des puissances étrangères, en particulier des anciennes puissances coloniales. Faute de réflexions endogènes ou prospectives et de volonté politique en vue d’amorcer un changement par une synergie d’actions, les politiques actuelles sont une navigation à vue. Les Etats sont gérés à la petite semaine par les dirigeants, juste le temps d’accomplir les hautes charges qui sont les leurs.”

Des états faillis, le cas de la Centrafrique est spectaculaire.
Etat mendiant dès sa naissance en 1960, l’habitude de la dépendance aux subsides de l’aide internationale est devenue véritable méthode de gouvernance.
Paradoxe d’un pays naturellement riche incapable de s’auto-suffire.

Pour qu’un pays puisse passer de croissance économique ponctuelle et sans suite à un développement durable dans tous les domaines, avec effet sur le niveau de vie des citoyens, il faut un minimum de cadre social apaisé avec des citoyens conscientisés à l’intérêt collectif.
C’en est même une condition sine qua non.
Le pire des maux africains, c’est son inorganisation sociale et politique, par delà les pesanteurs passéistes, claniques et autres.

Le champ politique devenant le terrain de jeu de conflits de pouvoir en tous genres, pour des voraces attirés par l’envie de détournement des richesses nationales.
De succession de coups d’état en coups d’état, la sphère politique de nombre de pays africains n’est qu’instabilité chronique et récurrente; succession dynastique, autocratique, monarchique, perpétuation au pouvoir du tyran du moment.
L’alternance démocratique est inconnue au Tchad, au Cameroun, en Guinée équatoriale, pour ne citer que ces trois pays.
Le pouvoir pour leurs présidents est une rente à vie.
La rationalité de tels individus consiste à se perpétuer et à se reproduire dans la durée. Exemple du Gabon avec Ali bongo.
Les dirigeants africains pour la plupart ne sont que des représentants de groupements économiques et politiques étrangers, se substituant aux anciennes puissances coloniales, en bons serviteurs sans conscience et bassement serviles.
“Le résultat en est une citoyenneté mutilée.” – Jean DESIGNE

Citons encore Marcus Boni Teiga :
“L’agriculture a toujours été reléguée au dernier rang des activités humaines en Afrique. Le paysan est considéré comme un citoyen de seconde zone. C’est le moins que rien. La plupart des Africains veulent être des commis de l’Etat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, tous les pays africains font de l’agriculture la base de leur développement. Mais ils ne font rien pourtant pour développer cette agriculture. Et ce n’est qu’un euphémisme.

Il faut bien le dire, depuis l’époque de la pierre, l’Afrique n’a remplacé l’outil agricole que par le fer. Rien de plus. Ce n’est pas avec la houe et la daba que l’Afrique peut se rendre autosuffisante alimentairement avant de parler de développer son agriculture à des fins de commercialisation ou de transformation. Comme les résultats d’investissements dans ce secteur ne s’obtiennent qu’à moyen ou long terme, cela intéresse peu les investisseurs étrangers et les Etats eux-mêmes.
Pourtant, cela concerne la presque totalité de la population du continent. Avec une démographie galopante et un dérèglement climatique qui s’accentue d’année en année, les moyens agricoles traditionnels ne peuvent plus nourrir les nombreuses bouches du continent tant qu’ils n’évolueront pas.

Et un homme qui a faim est un homme qui ne pense pas, et par conséquent ne se donne pas les moyens de son développement.”

UNE APPROCHE TRANSVERSALE

Question posée par le juriste Jean DESIGNE, est-il possible de construire une démocratie sur la pauvreté ?
En vérité, la question est incomplète, car de quelle démocratie parle-t’on ?
La référence comme modèle démocratique pour les africains est celle de l’occident.
Car collusion est faite entre “démocratie et développement”.
Et les imaginaires de s’enflammer sur la stabilité démocratique occidentale, ayant amorcé une longue période de croissance économique comme légitimation.
C’est juste oublier que la réussite économique occidentale s’est faite sur l’économie extractive coloniale près de deux siècles durant.

Aussi, avant de se référer à de grands mots, il convient en préalable de remettre l’individu au centre du débat.
L’africain étant aliéné, “atomisé” selon certains, est en l’état, incapable de se reconstruire. Le principe de la survie doit être transitoire, pas un modèle existentiel.
L’africain n’existe pas sociétalement parlant. Denrée négligeable dans la mondialisation, et abîmé dans ses propres contradictions.
Consommateur passif, une sorte de zombie manipulé par des dogmes passéistes et répressifs qui le traversent.

Constatations faites, les prémisses au développement ne sont donc pas de cultiver des taux de croissance à deux chiffres à l’infini, mais d’EDUQUER LES INDIVIDUS à la prise de conscience d’eux-mêmes, à leur réestimation, à la protection d’eux-mêmes et à les inciter à la promotion leurs propres intérêts.
A condition de bien les définir.

Mais vouloir rompre la spirale des multiples dépendances est vaine initiative, si l’on ne sait pas de quoi l’on parle, ni ne mesurons la complexité des problèmes. Car il faut rester prudent sur leurs significations réelles.

« (…) au sens marxiste du terme, l’Afrique a souffert, non d’avoir été exploitée, mais de n’avoir pas été suffisamment exploitée. L’investissement du capital n’y a pas été suffisant, trop peu d’Africains ont travaillé et gagné suffisamment pour produire une plus-value relative. Le surplus réinvesti a été insuffisant »
(Leys et Saul, 1999).

C’est un truisme de déclarer que l’africain a été une victime de l’histoire.
Cependant, s’en servir pour se victimiser et de trouver des boucs émissaires à son propre malheur n’est pas productif, mais une sorte de transfert psychanalytique.

Fondamentalement, sa greffe à l’histoire moderne est un échec, à cause d’un modèle de développement inexistant, faute de s’appartenir lui-même.

il convient dès lors d’agir par des actes modèles, par la stimulation sur le terrain, par l’inspiration.
Et surtout, par ce qui paraît déjà être long et difficile, par son déconditionnement des sous-cultures aliénantes.

Voilà pourquoi parler de développement de l’Afrique sans ces préalables ne restera que vaste illusion et théorie fumeuse.

PML

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