INTERVIEW/Magloire LAMINE et le RPC

Par Fernando Cancio

Rencontre au Mans, sur les bords d’une rivière qui s’appelle l’Huisne, et qui traverse la ville. Un grand jardin aux Sablons, banlieue populaire de la capitale sarthoise bordant cette rivière. Sur un banc, je reçois un Magloire LAMINE tendu. Et posant d’entrée ses conditions. Pas de photos et pas de questions personnelles.

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Fernando Cancio : Bonjour, comment allez vous ?

Magloire Lamine : Bien, très bien, je vous remercie.

FC : Vous semblez pourtant agacé non ?

ML : Ca dépend sous quel aspect, il faut savoir fractionner sa vie et faire la part des choses. Je suis apaisé par certains aspects de ma vie et, disons, troublé par d’autres.

FC : Et votre vie actuellement vous sonne à l’oreille l’appel du pays natal ?

ML : On n’oublie jamais son pays natal. Je suis né à Bangui, je suis un pur banguissois. Petit, j’ai vu comment cette ville s’est mise en place. Avec dans les                années soixantes les mises en place des quartiers, Sica, Les Castors, etc. Il faut savoir qu’à l’époque, Bangui était coupée en deux. La partie autour du fleuve et de la corniche pour les colons français, et à partir du quartier Saïdou jusqu’au PK5, le domaine des indigènes. Et les blancs ne se mélangeaient pas avec les “nègres”. Des quartiers plus  modernes ont été mis en place au départ pour les fonctionnaires centrafricains de la nouvelle république. Mais, tout contrôlé par les français. D’ailleurs, SICA ou CASTORS; ce sont des noms de compagnies françaises du bâtiment de l’époque.

FC : Justement, vous clamez haut et fort régulièrement que vous n’êtes que centrafricain et pas d’autres nationalités, c’est bien exact ?

ML : Exact, je n’ai pas d’autres nationalités que la centrafricaine. Pour des raisons éthiques, à 18 ans, j’avais refusé ce qu’il appelaient la réintégration dans la nationalité française. Ma famille elle n’a pas eu ce scrupule, tous les LAMINE sont français. Essentiellement pour des motivations de facilité économique. Mais c’est la même chose pour tous ces centrafricains qui sont si fiers d’être français. C’est la facilité. Je n’accorde aucun crédit aux centrafricains à double nationalités. Surtout aux politiciens. Et dans leur cas, un complet non sens. QUAND ON DIRIGE UN PAYS, ON NE DOIT AVOIR QUE LA NATIONALITÉ DE CE PAYS, C’EST TOUT. AUTREMENT, C’EST DE LA DISTRACTION ET DE LA TROMPERIE. Macron est français et centrafricain ? Trump est américain et centrafricain ? Il n’y a que les africains noirs pour vendre leurs âmes aux plus offrants.

FC : Mais pourquoi refuser, d’autant plus qu’une de vos ancêtres est française; compagne d’expédition de Savorgan de Brazza au Congo, et aurait même participé à la fondation de Bangui.

ML : Oui, je n’ai appris tout ça que par ma belle mère Annie Lamine, qui avait fait des recherches dessus. Des années plus tard, je suis allé au Congo pour rencontrer le Roi Téké, son altesse Nguempio. Et lui m’a effectivement tout confirmé, tout comme d’autres informations que je conserve confidentielles.

FC : Plus actuel, pourquoi vous lancer en politique dans un pays que fondamentalement, vous ne connaissez plus, après l’avoir quitté il y a quasiment 40 ans ?

ML : Ecoutez, si je suis un troll en RCA, pourquoi alors continue-t’on de me reprocher de soit disant avoir financé la SÉLÉKA ? Ce qui et faux en passant. pourquoi les uns et les autres craignent-ils tant que je puisse déstabiliser ce pays, si je ne le connaissais pas ? Vous me croyez assez stupide pour n’être que centrafricain et me désintéresser de mon pays ? Je suis ancien footballeur, et j’ai porté le maillot national dès mes 17 ans. Personne ne me fera la leçon sur la RCA.

FC : Question insistante, pourquoi cet intérêt pour la politique ?

ML : Je n’ai aucune inclinaison pour la politique, je ne sais même pas ce que c’est. Mais, pour aider mon peuple, c’était soit faire un coup d’état, soit passer par les voies démocratiques, à savoir entrer en politique. C’est ce qui m’avait motivé en 2015, avant de renoncer, pour des raisons d’absence de logistique.

FC : Donc le RPC sera votre outil logistique pour 2021 

ML : Très sincèrement, je ne crois pas une seconde que Touadera ira au bout de ce mandat que la France et la Minusca lui ont offert gracieusement, après des trucages électoraux massifs, pilotés par Catherine Samba-Panza. Je sample votre journal LNC en le reprenant pour dire que Touadéra n’est que le président de la république de Bangui. Le reste du pays lui échappe complètement. Pour autant qu’il s’y intéresserait. C’est officiel, c’est sous son règne que le Centrafrique est devenu le pays le plus pauvre du monde.

FC : Le matheux que vous êtes, se désole de déjà l’échec de Touadéra, n’ayant pas trouvé le bon algorithme ?

ML : Je ne me réjouis jamais du malheur des autres. C’est indécent. Le problème de Touadéra, c’est qu’il a été mis au pouvoir, sans projet, sans stratégie et sans méthodologie. Donc, depuis, il improvise. L’échec était annoncé par avance. Lui, ne connaissant rien en matière économique, spéculait sur le fait que avoir de l’argent résoudrait tous les soucis. Mais ça ne fonctionne pas comme ça. L’argent seul ne suffit pas. Il vit dans une espèce de culture des apparences, en étant complètement bunkérisé. Si être président consiste à passer tout son temps à se balader à l’étranger, alors, tout le monde peut être président. En attendant, il y a des milliers de morts dans le pays.

FC : Quelle est la donne nouvelle du RPC, sa plus value politique ?

ML : LA DÉMOCRATIE ! Nous ne mettons pas en place un parti politique, un de plus, pour servir de fan club à un individu. Tous les partis politiques en RCA ne sont que des fan clubs. A la différence, le projet RPC a l’ambition de enfin donner la voix au peuple, en s’appuyant sur deux piliers, les jeunes, et même si compliqué, les femmes. Par la concertation, par les dialogue, ce seront aux militants du RPC de bâtir collégialement leur projet politique. Je ne leur impose nullement des solutions miracles factices. Je ne suis qu’un militant comme les autres.

FC : C’est faux, vous n’êtes pas un militant comme les autres, vous êtes le fondateur de ce parti.

ML : Vous vous méprenez par méconnaissance cher Fernando. La mise en place d’un parti politique est un processus long et complexe, déjà en Europe, c’est compliqué. Imaginez cela en RCA où toutes les structures administratives sont par terre ? La loi centrafricaine impose aux partis politiques naissant, d’exister avant de naître, ce qui est un non sens juridique absolu. En outre, en l’état actuel des choses, elle exige des pièces qu’elle est incapable elle-même de fournir aux impétrants. On fait comment avec ça ? La loi centrafricaine sur le sujet exige 200 signatures de militants dans les 16 préfectures. Mais avec un pays complètement par terre, n’est-ce pas une requête irraisonnable ? Et pourtant, nous y sommes arrivés. Mais j’impulse ce travail de mise en place du parti, selon des standards nouveaux, différents; ce qui ne signifie pas qu’à terme, j’en sois sa tête de gondole. Après, il faut tenter de convaincre des patriotes qui ont l’habitude de l’exercice des fonctions publiques et électives de se rallier à nous, en leur proposant des défis à la hauteur de leurs compétences. En interne, nous devons éduquer nos jeunes, déprogrammer nos femmes des mauvaises habitudes imposées par des machistes décadents. Leur faire comprendre que la polygamie est une pratique d’un autre temps qui les chosifie, qu’être la domestique de l’homme à tous les niveaux n’est pas une fatalité.

Chacun doit avoir sa chance légitime de servir son pays. Le plafond de verre doit être crevé.

FC : La RCA s’enfonce encore plus dans la violence, votre avis d’expert ?

ML : Expert de quoi ? Expert de la mort d’innocents ? Vous vous trompez de client cher monsieur. La RCA est un pays immature, rempli d’individus  majoritairement violents et haineux, vivant encore à l’ère du moyen âge. Je vais vous dire une chose, ces soit disant leaders d’opinion ou ceci cela, ne sont que des menteurs. La vie de la RCA ne se circonscrit pas aux agitations sans intérêt d’individus sur Facebook.

FC : Qui en RCA est crédible politiquement parlant pour vous ?

ML : Je suis hyper mal placé pour vous répondre, n’étant pas un politicien par nature, comme par exemple Martin Ziguéle. C’est pas mon boulot. Je suis ami de Marie-Reine HASSEN, et elle, c’est une vraie politique. Après, je n’ai pas les compétences pour juger les autres. Simplement, cette classe politique est figée depuis des décennies, elle ne se renouvelle pas. Ce sont toujours les même crocodiles dans le marigot. Dans ce pays, l’ascenseur social n’existe pas pour les jeunes et pour une nouvelle génération. Après, il ne faut pas s’étonner de voir les choses être figées, et que l’exercice de la vraie démocratie soit inexistante. Les habitudes prédatrices ont la vie dure.

FC : Un quasi inconnu des centrafricains a-t’il une chance de réussir ?

ML : Détrompez-vous, je ne suis pas un comme vous dites “quasi inconnu” des centrafricains. Et ce n’est pas le plus important. Le parti d’abord, les individualités à son service.

FC : Dans votre manifeste, vous cassez les codes, vous en parlez ?

ML : Quand le FMI, la Banque mondiale sont chez vous, cela signifie que votre pays n’est rien. Le Centrafrique est un pays invisible, inexistant, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas vivant. Nous ne sommes qu’une petite PME en faillite chronique. Et il faut raisonner en PME pour espérer s’en sortir. L’aide de la soit disant “communauté internationale”, c’est quelque part, du vent. Personne ne donne rien pour rien. Il faut faire du B2B, travailler avec le privé planétaire. Cela évite les lourdeurs des institutions internationales. Vous vous rendez compte ? Nous collectionnons toutes les armées du monde et toutes les ONGS ? Ce n’est plus un pays, mais un panneau publicitaire de la misère. Et, nous devons nous responsabiliser. La MINUSCA doit dégager au plus vite. Si nous sommes assez abrutis pour nous massacrer entre nous, alors, que cela aille au bout du suicide. On ne construit pas un pays par l’entretien de son infantilisme, surtout un pays autisme, figé au Cro-magnon comme la RCA.

Ce sont ces principes cardinaux de changement que je veux instiller dans les cerveaux de nos jeunes. Depuis qu’ils sont nés, ils n’ont connu que la misère des coups d’état et des mensonges des politiciens. Ce ne sont pas des allant de soi.

ET LE PAYS EST EN GRAND PÉRIL, LA MOITIÉ DE LA RCA EST INFECTÉE PAR LE VIRUS DU SIDA.

FC : Comment sortir de la spirale de violence sans fin en Centrafrique ?

ML : Pas avec la MINUSCA en tout cas. On ne doit pas négocier avec des terroristes. ON LES DÉTRUIT PHYSIQUEMENT. Si on tue tous leurs chefs, soyez certains qu’avec des têtes décapitées, la troupe va déguerpir et se disperser. C’est aussi simple que cela.

FC : Merci à vous.

ML : De rien.

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